• Ecole Créactive

Julie, son expérience au collège

Julie, quel a été ton parcours scolaire jusqu’à aujourd’hui ?

Je suis allée à l’école du village jusqu’en CE1, et puis à 8 ans, je suis allée à l’école Créactive. A 11 ans, j’ai décidé de faire ma rentrée au collège, où je viens de passer un trimestre.


Comment as-tu découvert l’école Créactive à 8 ans ?

Le projet de l’école Créactive a été initié par ma mère, et mes deux frères devaient y aller : Lucas, 11 ans, parce qu’il n’était pas bien à l’école classique, et Gabin, 3 ans, qui y faisait sa première rentrée. J’étais curieuse de savoir comment serait cette école dont j’avais beaucoup entendu parler et j’ai voulu essayer. Mes parents m’ont dit que j’allais faire ma période d’essai, et qu’ensuite je pourrai décider où je voulais continuer ma scolarité.


Qu’as-tu découvert à l’école Créactive ? Qu’est ce qui t’a plu ?

Durant ces 3 années, j’ai découvert le multi-âge, et j’ai beaucoup aimé m’occuper des petits. Comme j’aime découvrir plein de choses, j’ai profité de la liberté que j’avais de bouger dans l’école et choisir mes activités pour cuisiner, coudre, dessiner, peindre, jouer de la musique, bricoler, participer à des sorties, discuter de tout type de sujets, … jouer librement ! J’ai aimé aussi pouvoir manger quand je le voulais, en fonction de ma faim et mon envie. J’ai découvert le conseil d’école, le conseil de justice… c’était nouveau pour moi de pouvoir participer aux décisions dans mon école.


Qu’est ce qui t’a manqué ?

Il ne manquait rien !... Sinon peut-être un nombre un peu plus important d’enfants, parce que j’aime bien me sentir très entourée. En fait, ce qui m’a manqué le plus, c’était de voir que les personnes autour de moi, extérieures à l’école, ne comprenaient pas trop comment cette école fonctionne. J’en avais un peu marre d’expliquer, de me justifier face à des remarques, toujours les mêmes : « vous n’apprenez rien », « c’est pas une vraie école », etc…


C’est pour ça que tu as décidé de partir au collège ?

En partie oui, j’avais envie d’être comme tout le monde. Mais j’avais aussi envie de découvrir un nouvel environnement, me faire des nouveaux ami(e)s et de me sentir plus indépendante … des trucs tout bêtes : prendre le bus, manger au self, me débrouiller seule, (ma mère et mes deux frères étaient avec moi à l’école Créactive). C’était une décision difficile à prendre, mais j’étais très fière en septembre de prendre le chemin du collège.


Comment s’est passée ton arrivée au collège ?

Un peu comme les autres 6ème, au début j’étais perdue : beaucoup de monde, plein de salles, et plusieurs profs et surveillants qu’il fallait apprendre à connaître : pendant les premières semaines, certains adultes semblent vouloir se faire respecter avec beaucoup d’autorité, crient, menacent, intimident… pas facile dans ces conditions de se sentir en confiance…

Avec le temps, certains sont devenus beaucoup plus sympas. J’ai compris qu’ils cherchaient juste à s’imposer face à la classe, mais je n’étais pas habituée à ce genre de méthode, et je trouve que ça génère beaucoup de stress, parce que j’avais toujours peur de faire quelque chose de travers, d’être moquée, grondée, insultée, punie… Dans une école démocratique, ça n’existe pas. Les adultes sont là pour nous aider, pour nous soutenir, pour partager… je n’ai jamais vu un adulte hurler sur un jeune de l’école, et si ça s’était produit, il serait passé en conseil de justice ! Pas besoin de ça en école démocratique pour se faire respecter : on se connait et on s’apprécie, il y a un respect réciproque, mais ce n’est pas la peur qui gouverne. Et puis quand quelque chose ne va pas, on peut toujours discuter. On a le temps et la place pour faire ça.

Aussi, l’ambiance entre jeunes, dans la cour de récréation notamment, était très différente : ça se bouscule, ça crie, ça insulte… beaucoup de violence gratuite ! A Créactive, il y avait bien sûr aussi parfois des disputes, des insultes, des bagarres… mais la différence, c’est que ce n’était pas sans raison et surtout, ça ne passait pas inaperçu. On savait comment réagir (demander une médiation ou conseil de justice), on pouvait se défendre, on avait confiance aux adultes ou aux autres enfants pour nous aider.


Tu as subi ces violences ?

D’une certaine manière oui. J’ai été insultée, bousculée dans les escaliers (volontairement)… parce que j’avais pris la défense d’une amie qui était victime de cyber-harcèlement. J’ai décidé de réagir et d’aller dénoncer mes harceleurs auprès de la CPE. Elle a été à l’écoute et a même reçu ma mère pour en discuter… mais plus d’un mois après, la médiation avec ces personnes n’avait toujours pas eu lieu…

J’ai aussi encouragé un copain à faire la même démarche. Il se faisait bousculer et plaquer par des plus grands contre les casiers. C’était violent, il le vivait mal mais ne savait pas comment réagir… J’espère que la CPE et les surveillants l’aideront.


Et comment ça se passait pour toi en cours ? Tu n’étais pas trop perdue après 3 années d’école démocratique ?

Les premières semaines, c’était difficile. J’étais un peu perdue, je n’avais pas les « codes » et le rythme était soutenu… mais je n’étais pas la seule. Mes parents n’avaient aucune attente au niveau de mes résultats scolaires, mais j’avais envie de réussir, et j’avais assez peur aussi qu’on se moque de moi si je n’arrivais pas à faire quelque chose. C’était très stressant car les « bons élèves » sont parfois très moqueurs avec ceux qui n’y arrivent pas.

Je me suis assez vite remise à niveau. Le plus compliqué, c’était la conjugaison en français. Je n’avais jamais appris mes conjugaisons ! Et ça faisait beaucoup de vocabulaire nouveau à connaître… mais à la fin du 1er trimestre, je me débrouillais déjà beaucoup mieux ! J’avais de très bons résultats en maths. J’aimais bien ma prof d’ailleurs. J’étais forte en anglais, mais il faut dire qu’il y a toujours eu des enfants anglophones à Créactive, et puis j’écoute beaucoup de chansons en anglais… ça aide !

Dans les autres matières, ça allait aussi. Je n’avais pas l’impression d’avoir plus de difficultés que les autres… par contre, certaines matières ne m’intéressaient pas du tout… et c’était assez agaçant de rester coincée une heure à faire quelque chose que je n’aimais pas.

Aussi, dans des domaines que j’aime beaucoup (les arts plastiques, la musique), je m’ennuyais en cours. J’étais habituée à créer plus librement, et à mon rythme.


Par contre, j’aimais bien les activités proposées en dehors des cours. J’étais dans un club « chevaliers des mots » et investie au foyer socio-éducatif. J’ai proposé que le collège achète des jeux de société pour qu’on puisse jouer au chaud pendant les récréations. J’aimais bien aussi aider au self, pour ranger à la fin du service… ça me rappelait le moment du ménage à l’école Créactive… et puis ça permettait de "manger prio" ! (prioritairement)


L'ambiance dans la classe n’était pas toujours agréable. Il y avait de la compétition, des tensions, de l’ennui parfois aussi… Certaines journées étaient très chargées, pour moi c’était le lundi et le mardi. J’avais plus d’heures de cours en deux jours que sur tout le reste de la semaine…

Dans mon collège, il n’y avait pas de note pour les évaluations, mais des barèmes de couleurs, et à la fin du trimestre, on avait des notes de 1 (insuffisant) à 4 (très satisfaisant) dans chaque matière. Je n’avais que des 3 et des 4, et j’ai reçu les encouragements des professeurs.


Mais tu as quand même décidé de quitter le collège à Noël et de revenir à l’école Créactive… pourquoi ?

Parce que j’ai réalisé que le collège ne me correspondait pas. Je m’étais décidée à y aller sans vraiment savoir à quoi m’attendre… Je me suis rendu compte que j’avais pris cette décision par rapport au regard des autres, je ne voulais pas me sentir différente… mais finalement, faire comme tout le monde ne me rend pas heureuse. Aujourd’hui, je préfère assumer d’être dans une école différente, et pouvoir faire ce que j’aime.

Maintenant je réalise que j’aime apprendre, mais que les conditions du collège ne me vont pas. Je veux continuer à progresser en maths, en français, en anglais, en histoire, en géographie… mais tout ça je peux le faire à l’école Créactive. Les autres matières ne m’intéressent pas pour l’instant. Par contre, je veux aussi continuer à apprendre à cuisiner, à bricoler, à créer… Je veux pratiquer les arts plus librement : chanter, jouer du piano, dessiner, … Je veux prendre soin des petits (j’aimerais devenir assistante maternelle plus tard…), et tout ça, je ne peux pas le faire au collège.


Au collège, j’ai été élue déléguée de classe, mais je ne savais pas trop comment jouer ce rôle auprès des jeunes et des adultes. A Créactive, je vais pouvoir participer aux prises de décisions directement, en conseil d’école, avec des adultes et des enfants qui ont tous une voix au moment du vote. C’est plus clair pour moi.


Cette décision a été difficile à prendre. Cela faisait un moment que j’y réfléchissais, mais je n’en parlais pas, et puis on s’était mis d’accord avec mes parents que mon essai au collège, sauf gros problème, durerait au moins un trimestre. En fait, ce qui me retenait le plus au collège, c’étaient mes copines mais je sais que je peux les voir en dehors du collège. Une fois que les choses ont été claires pour moi, j’en ai parlé à mes parents… le jour de Noël ! On en a beaucoup discuté et ils ont été d’accord pour que je quitte le collège. J’étais soulagée et très heureuse de revenir à l’école Créactive !


Comment vois-tu la suite ?

Je vais continuer d’étudier, mais différemment. Avant d’aller au collège, je n’étais pas très motivée pour travailler le français et les maths, et en même temps, j’avais envie d’écrire sans faire de fautes... je croyais qu’être contrainte serait la solution, mais je ne connaissais pas les inconvénients et la pression d’un système trop contraignant.

Je réalise que seule ma motivation peut me permettre de progresser efficacement. A Créactive, c’est ma volonté et ma motivation qui me permettront d’avancer et de m’épanouir… sans stress.

J’ai hâte aussi de participer à la forest school. Ca n’existe que depuis cette année et j’ai eu la chance de pouvoir participer à une journée (jour de grève au collège). J’avais trouvé ça super !

J’ai envie de m’impliquer aussi davantage encore dans l’école et dans des projets. Prendre des responsabilités. J’aime ressentir qu’on me fait confiance.


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